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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:00

 

Le joueur noir recule une tour pour protéger son roi

 

- ça, mon pauvre, tu ne le trouveras jamais tout seul. Il faut savoir que je connaissais toutes ces femmes. A un moment de ma vie, j’ai désiré l’une ou l’autre sans jamais pouvoir m’assouvir. La dernière, Sophie, était...  particulière. C’est parce que je n’ai pas tenu compte de cette particularité que je me suis laissé surprendre.

Je l’ai connue à 14 ans, en pleine adolescence. Elle habitait ma rue et faisait partie intégrante du paysage. Je ne sais ce qui a pu se passer dans son enfance, toujours est-il qu’elle avait un rapport au sexe très particulier : elle percevait la sexualité comme l’unique moyen de s'auto-valider l’amour des autres. Je crois qu’elle avait dû passer par des épreuves similaires aux miennes et qu’elle avait tracé sa route à sa manière. Sa libido exacerbée était sa planche de survie. Elle y trouvait autant de plaisir mental que physique. Mais conséquence d'un développement vivcié, elle restait toujours sur une indéfinissable frustration.

Je me rappelle, on l’avait surnommée « la totale » parce qu’elle ne refusait jamais rien et que dans cette véritable station des sens, c’est la pompiste qui fait le plein. On n'allait jamais chez elle par hasard. Darwin l’aurait classée dans la catégorie des zobnivores sans la moindre hésitation. Une véritable pine-up.

Lorsqu’elle s’est retrouvée attachée au lit, cette conne n’a pas eu peur…

 

 

Le joueur blanc avance sa reine : échec :

 

Pour la première fois, Silvère perçu une faille chez son adversaire.

 

Il continua le raisonnement de l'autre comme s'il n’était pas là.

 

- Comme elle n’a pas eu peur, tu n’as pas pu l'emmener au-delà de la peur. Tu n’as donc pas pu la violer pour la simple raison qu'elle était consentante, car chez toi "femme qui consent - bite qui descend" !

 

Cette fois, le tueur le regarda indirectement, par le miroir. Le policier compris :

 

- Pire ! Informée des huit premiers meurtres, elle a tout compris. Du coup, tu n’allais pas être son bourreau, mais son libérateur. A se retrouver dans cette situation et sachant son inextricable calvaire intérieur enfin terminé, elle a même pu te sourire… voire être excitée, une dernière fois. Putain, c’est ça ! Tu t’es retrouvé confronté à une exigence de femme que tu étais incapable d’assumer ! Tu l’as donc exterminée avec une rage et une haine que tu n’avais jamais atteintes. C'est elle qui t'a emmené au-delà de toi-même, finalement. 

 

Le joueur noir recule sa reine pour protéger son roi

 

La folie s’installa dans le regard du monstre. Il revivait la scène de l’intérieur.

 

- Non ! C’est la seule que j’aimais vraiment. Je jure que je pleurais à chacun de ses os écrasé ! Contrairement aux autres pour lesquelles j’ai utilisé un traitement industriel, à elle, j'ai réservé une séance particulière, à l’ancienne, tout en manuel. Je l’ai soignée comme personne. Maintenant, tout le monde la respecte. Elle m’est redevable, en fait.

 

Ces paroles, ce regard, la tension de la dernière heure passée avec ce dingue… Silvère s’approcha à bout de nerfs de son interlocuteur et de son putain de miroir.

 

Le joueur blanc avance un pion : échec :

 

Son angle de vue dans le miroir avait changé au fur et à mesure de son mouvement. Il resta pétrifié devant le reflet terrifiant qui se révélait à lui. Deux personnes, un reflet. Comme un automate, il chercha son holster machinalement. Lentement, il en sorti son arme de service. Le monstre, une fois de plus pratiquement collé à lui, lui sourit. Une fois de trop. Silvère ôta la sécurité. Arma et se tira une balle dans la bouche.

 

Le joueur noir recule un cavalier pour protéger son roi

 

Il eût tout juste le temps d'entendre :

 

- Je te l’avais bien dit qu’il fallait que j’aille mourir. Nous allons mourir. Enfin.

 

Pat.

 

 

Dédié à Jacques, schizophrène inoffensif et ami d'enfance, décédé prématurément des suites des blessures infligées en toute légalité par sa mère.  

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Published by Rimbaud Warrior
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Mrs D 10/01/2011 16:27



 Ah ben finalement , il ne faisait pas qu'y penser, il passait aussi à l'action. Du coup, j'ai peur.



Motdit 03/01/2011 10:03



tu écris bien...


Elle s'appelait comment la dernière?



Rimbaud Warrior 04/01/2011 09:30



Merci, mais non...


La dernière s'appelait Sophie. Tu aurais voulu qu'elle s'appelât autrement ?



Stipe 02/01/2011 17:52



Drame de la route chez les fous du volant : au moment de se doubler, le schizophrène. Bilan : un mort dont deux gravement.


 


(C'est très bon de te voir aussi dans ce style là. J'en redemande)



Rimbaud Warrior 04/01/2011 09:29



'tin, elle est parfaite, celle-ci : respect.



Jerome a.k.a. Seltzer 02/01/2011 17:06



Le tueur jouait aux dames, et le flic aux échecs. L'un dans l'autre, si je peux dire, c'était tout blanc ou tout noir.


 


Je crois que je vais en rester aux cartes.


 



Rimbaud Warrior 04/01/2011 09:28



Toi aussi tu aimes quand t'hèles les cartes ?



songe 02/01/2011 13:23







Rimbaud Warrior 04/01/2011 09:27



Si t'as rien pigé, c'est que tu as encore l'esprit sain, c'est bon signe...ou pas !


(ou c'est que tu ne joues pas aux échecs)



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